« Quand on est végane, on est motivé  » : Angélique, créatrice du Vegan’ Heart !

Pour cette première interview Sacrés Veggies, j’ai choisi de vous présenter une personne un peu particulière : particulière déjà parce que c’est une amie, ensuite parce qu’elle me soutient beaucoup dans le projet du blog (en m’aidant par exemple avec le graphisme quand je galère trop… non je n’y connais fichtrement rien!), particulière enfin parce que je suis franchement admirative de ce qu’elle fait (chuuut, ne lui dites pas^^).

Je l’admire parce que c’est une personne qui se bat, qui n’a pas eu peur de renoncer au confort d’un travail salarié pour réaliser ses rêves. Qui a choisi de mener une vie remplie de sens, en suivant ses idéaux et ses passions.

Musicienne, graphiste, créatrice d’événements, cuisinière… et militante pour la cause animale.

Capable d’enchaîner répétitions de basse, formation intensive à la batterie, sessions de démarchage VegOresto, sauvetages d’animaux en tous genre, bénévolat au refuge Groin Groin, activisme avec Sea Shepherd, L214, International Campaigns et j’en passe, expérimentations en cuisine végétale, et j’en oublie sûrement encore…

Une personne qui entreprend, qui crée, et surtout qui ose, qui n’hésite pas à voir les choses en grand. Le tout avec une bienveillance toujours exemplaire à l’égard de ceux qui croisent sa route.

En septembre prochain, elle organisera le Vegan’ Heart, premier salon végane de Bretagne, fruit d’un an de travail acharné, et surtout passionné.

Alors, bien que je connaisse déjà certaines des réponses^^, j’ai voulu lui poser quelques questions, sur sa vie, son parcours, ses projets, sur ce qui lui donne l’envie de se battre pour tout ce qu’elle entreprend.

Pour que ça nous inspire à contribuer à notre tour, chacun à notre manière, à créer un monde un peu plus juste chaque jour.

Myrtille : Pour commencer, pourrais-tu nous raconter comment tu t’es intéressée à la cause animale ? Comment tu es devenue végane ?

Angélique : Alors c’est assez flou dans ma tête, parce que c’est arrivé quand même assez vite.

Comme beaucoup de gens, j’ai toujours aimé les animaux, mais je ne faisais pas le lien entre ceux que j’aimais et ceux que j’avais dans mon assiette.

C’est une réflexion qui m’est venue assez tardivement, il y a à peu près trois ans.

Quand j’ai pu après mes études, j’ai ramené chez moi les perroquets avec qui je vivais depuis toute petite.

Et un jour, j’avais du poulet dans mon assiette, et j’avais mes perroquets en face de moi en liberté dans la maison. C’est là que j’ai fait le lien, entre le petit poulet qui volait devant moi, et le poulet que j’avais dans mon assiette.

J’ai commencé à me dire que c’était pas logique ce que j’étais en train de faire.

Alors je me suis renseignée petit à petit sur internet, j’ai regardé des vidéos, etc.

Il y en a 4 principalement qui m’ont beaucoup aidée dans ma réflexion, c’est Earthlings que j’ai pas pu regarder en entier, Le Jugement de Maxime Ginolin, et deux discours : celui de Gary Yourowsky et celui de Philip Wollen.

Et puis de fil en aiguille, je suis passée assez rapidement du végétarisme au végétalisme.

M : Tes perroquets semblent avoir joué un rôle important dans ton évolution, ta prise de conscience a-t-elle changé les rapports que tu entretenais avec eux ?

A : Alors je vis avec eux depuis que j’ai 8 ans, et c’est vrai que…, avant je les voyais pas de la même manière. Maintenant je les regarde d’un œil un peu plus euh… comme si c’était des individus.

Je vois très bien en les regardant qu’ils essaient de me faire passer des messages, qu’ils sont intelligents, qu’ils essaient de comprendre ce que je leur dis, qu’ils réfléchissent, qu’ils…

Avant, quand ils me regardaient, je voyais juste un oiseau qui me regardait, j’allais pas chercher plus loin quoi. Et c’est vrai que depuis que j’essaie d’approfondir un peu les relations que j’ai avec lui (parce qu’il n’en reste plus qu’un sur les deux), ça se rapproche plus de : deux personnes qui parlent pas la même langue et qui essaient de se comprendre, c’est totalement différent.

angélique milady

Avec Monseigneur surtout, celle qui n’est plus là, les relations avaient vachement changé oui.

Alors en fait Monseigneur et Milady c’était un couple forcé. C’étaient deux perroquets Youyous qui n’ont pas du tout été élevés ensemble, et qui ont vécu dans une cage pendant plus de 15 ans tous les deux.

Parfois ils se bastonnaient, ils avaient pas l’air de super bien s’entendre. Mais ils se supportaient, comme ils n’avaient pas le choix…

C’est à partir du moment où je leur ai offert la liberté que le choix a été vite fait : Monseigneur (la femelle) a chassé Milady (le mâle) assez fort, elle lui a même cassé l’aile, du coup j’ai été obligée de les séparer.

Milady a gardé son tempérament sauvage assez distant des humains, par contre Monseigneur s’est tout de suite rapprochée de moi, c’était un vrai pot de colle, je pouvais rien faire sans qu’elle soit sur moi, dès que j’étais absente elle se laissait mourir elle mangeait plus, elle buvait plus…

Donc c’était quand même une relation assez fusionnelle même si pour l’animal en question c’était pas forcément une bonne chose, parce que du coup il savait pas trop où se situer par rapport à la famille.

Mais c’est vraiment un rapport que j’ai jamais vécu avec un autre animal quoi, on sentait qu’il y avait vraiment un attachement très fort.

En fait, on explique souvent pour les oiseaux qu’ils peuvent « tomber amoureux », parce que comme ils sont élevés par des humains, ils comprennent pas toujours qu’ils sont des oiseaux, du coup ils savent pas trop se positionner, et peuvent jeter leur dévolu sur un humain.

Moi c’était plutôt cette impression là que j’avais : j’avais été choisie par Monseigneur, j’étais son ou sa chéri-e pour elle, et du coup elle était exclusive avec moi, et je devais être exclusive aussi avec elle… quand elle était là.

Donc c’était un peu tendu quand même comme relation, il fallait que je fasse attention à ce que je faisais, si je faisais un bisou à mon compagnon quand elle était là elle me mordait.

[…]

Ça fait plusieurs années que j’essaie de sensibiliser à la cause des perroquets, parce qu’en France c’est un animal des plus mal connus. On a au moins 10 ans de retard sur la manière dont il faudrait s’occuper d’eux.

Du coup j’essaie d’expliquer aux gens que c’est un oiseau qui risque de vivre beaucoup plus longtemps que ce qu’ils s’imaginent, qui a le quotient émotionnel d’un enfant de 5 ans et le quotient intellectuel d’un enfant de 3 ans, donc c’est comme si on vivait avec un enfant de 3 ans à vie, il faut savoir le gérer, il y aura des caprices, des phases d’évolution, etc.

Il y a énormément d’abandons comme les gens ne sont pas informés, c’est vraiment compliqué. J’ai connu un Cacatoès qui normalement vit entre 70 et 100 ans, et au bout de 42 ans il avait déjà vécu dans 40 familles différentes !! Les gens ne savent pas à quoi s’attendre, pour eux c’est juste un bel oiseau.

M : Alors tu es musicienne, graphiste, organisatrice d’événements, tu milites aussi beaucoup pour la cause animale, tu as donc une vie déjà bien remplie, pourquoi tu as créé le Vegan’ Heart ?

A : Alors, j’ai créé le Vegan’ Heart parce que je suis quelqu’un qui pense que militer 3 fois par jour dans son assiette c’est énorme mais c’est pas suffisant.

Je trouve que les Vegan Places [NDLR : vegan places = villages associatifs organisés régulièrement par L214 en centre-ville] c’est sympa mais ça ne touche pas assez de gens sur des questions plus pointues, les échanges sont assez courts, on peut pas avoir tous des méga connaissances de spécialistes sur place, et donc j’avais envie de créer un moment où on puisse avoir toutes les associations comme pour les Vegan Places, mais où il puisse y avoir aussi des temps de discussion avec des experts de certains sujets via des conférences.

Je voulais aussi faire une place aux artistes qui ont des messages à faire passer, donc il y aura aussi des concerts et des expositions artistiques ; et puis du coup j’en ai profité pour caler en plus des démonstrations de cuisine.

Donc voilà, l’idée c’était de faire quelque chose de plus complet, mais qui reste quand même assez simple, pour permettre à tous ceux qui souhaitent adopter un mode de vie plus éthique d’avoir des réponses à leurs questions le temps d’un week-end.

 

Sacrés Veggies - affiche vegan'heart

M : Donc si je comprends bien, l’idée n’est pas de transposer à Rennes le salon parisien Veggie World qui est plus de type commercial ?

A : Pas du tout, pas du tout. Déjà avec mon compagnon quand on organise des événements, on a un principe, c’est qu’on veut que ça reste familial. On veut pas des trucs énormes, c’est pas du tout notre philosophie, on veut être proches des gens, que tout le monde soit à disposition du public.

Et puis non, je veux pas que ça soit un lieu de commerce, je veux vraiment que ce soit un lieu d’échanges, de partages, de discussions. Un lieu de connaissances, pas un lieu où on va faire ses courses.

Et puis il faut pas attendre que de gros salons comme le Smile ou le Veggie World arrivent chez nous, il faut faire nous-mêmes des choses hors de Paris, et pas uniquement pour les véganes déjà convaincus, il faut réussir à attirer des gens qui ont envie d’apprendre, de découvrir.

Quand j’ai été au Veggie World, j’ai pas vu de gens qui venaient pour s’informer, j’ai vu que des gens qui étaient déjà végétaliens, et qui venaient acheter des produits quoi.

M : Et l’association Helfy’s Production avec laquelle tu organises le Vegan Heart, c’est quoi au juste ?

A : Alors j’avais l’idée d’organiser un événement de 2 jours sur le véganisme, et je me suis rendue compte que pour l’organiser il me fallait une association.

Et comme avec mon compagnon nous sommes déjà dans l’événementiel en lien avec la musique (organisation de master class, clinics, concerts, démos, et principalement du Breizh Drum Session, un des plus grands stages de batterie de France qui a lieu chaque année à Belle-Ille en Mer), on s’est dit qu’on pourrait créer une association qui permettrait d’organiser ces événements là aussi.

Et du coup l’association nous pousse à aller plus loin, on s’est dit qu’on ne se limiterait pas pas au Vegan Heart et au Breizh Drum, il y aura d’autres événements dans l’année.

M : Je suis curieuse… ce sera quoi les autres événements ?

A : Alors il y aura d’autres événements en lien avec la musique, et puis j’aimerais organiser aussi une mini-tournée de cours de cuisine végétale en France, en me dirigeant plutôt vers la cuisine crue.

Ce serait 1 jour par mois dans une ville différente, où je me déplacerai. J’ai déjà 4 villes qui sont intéressées : Dijon, Briançon, Marseille et Arles. Ce sera des cours de découverte, déclinés en différents thèmes, adressés surtout aux débutants pour l’instant.

Une illustratrice me disait qu’il y a des villes où il y a quasiment rien de végétal, en cours, en restos, etc., et que ce serait bien de faire des cours de cuisine chez elle, donc c’est là que l’idée est née quoi.

L’idée c’est de me spécialiser dans la cuisine crue, déjà pour éviter d’empiéter sur ce qui est déjà fait ! Et puis je raffole carrément plus de la cuisine crue que de la cuisine cuite, c’est plus riche en vitamines, la digestion se fait pas de la même manière, on se sent beaucoup moins lourd après, donc voilà même si je fais les deux, je mange les deux, c’est plus vers la cuisine crue que je voudrais me spécialiser.

terrine angélique

 

M : Wow, encore une nouvelle activité ! D’où vient ton intérêt pour la cuisine ?

A : Ben c’est surtout depuis que j’ai commencé à m’intéresser au végétalisme que j’ai pris goût à la cuisine en fait, parce que tout était à réapprendre.

J’ai eu la chance que mon compagnon soit devenu végétalien en même temps que moi, parce que quand on s’est connus j’étais en train de faire ma transition et donc il m’a suivie dans la démarche.

Et donc quand je suis passée au végétalisme, il m’a laissé deux mois, j’ai passé deux mois entiers où vraiment j’ai fait que lire sur le sujet, m’instruire sur la cuisine, sur la nutrition…

Pendant deux mois je faisais plus rien à côté, je passais mon temps à lire des articles, à regarder des vidéos scientifiques pour m’informer sur la nutrition.

Parce que je venais juste d’intégrer ça, j’avais encore les stéréotypes du « oui, mais comment je vais faire pour les vitamines si je mange plus de produits d’origine animale ? Est-ce que je vais manquer de quelque chose ? Comment je dois équilibrer mes repas ? », toutes ces questions-là.

Du coup ça m’a fait découvrir un autre type de cuisine qu’il a fallu que j’apprenne, et c’est là que j’ai découvert plein de manières de cuisiner qui m’ont poussée à continuer et aller plus loin quoi.

Donc j’ai eu énormément de ratés au début, c’était marrant (rires), mais oui, du coup j’ai trouvé ça vraiment enrichissant de cuisiner comme ça.

M : Donc finalement aujourd’hui, tu manges aussi bien qu’auparavant ?

A : Même meilleur ! Même meilleur !

Je vois mon niveau, en pâtisserie par exemple, pourtant la pâtisserie végétalienne beaucoup pensent que c’est plus compliqué, en fait mes pâtisseries maintenant, elles sont carrément meilleures que celles que je faisais avant, ça a vraiment rien à voir !

muffins rose pistache

 

M : Et où tu as appris à faire tout ça ?

A : Alors les techniques, je les ai apprises avec mon oncle qui était pâtissier, pour tout ce qui est manuel en fait, comment pétrir des pâtes, la manière de mélanger les ingrédients, l’ordre, etc. tout ça je l’ai appris avec mon oncle.

Après pour ce qui est des recettes en végétal, j’utilise comme beaucoup les livres de Marie Laforêt, mais je fais aussi beaucoup d’essais, je prends souvent une recette de base, et puis je me dis « ah tiens, je l’agrémenterais bien comme ça, je ferai bien ci, je ferai bien ça », ou alors je prends plusieurs recettes que je mixe pour en faire une.

En fait je marche souvent au coup de cœur, j’ai un cahier où je note toutes les bonnes idées que je trouve sur internet, je remplis des cahiers comme ça, et puis ensuite je fais des essais.

M : Je pensais pas qu’on allait parler de cuisine tiens, je savais pas que tu avais aussi ce projet là…

A : En fait ça fait un an et demi que je projette de donner des cours de cuisine ! Parce que pour moi la cuisine est hyper importante pour faire passer le message. Je suis hyper déçue quand des gens me disent que tout ce qu’ils ont goûté en végétalien c’était pas bon, ça renforce le stéréotype du « ah mais de toute façon c’est pas bon, ce sera jamais pareil », enfin voilà.

Donc c’est pour ça que je me suis dit que ce serait intéressant de développer ce genre de cours. Je pense qu’à partir du moment où les gens comprendront que passer au végétalisme c’est en rien une privation sur le côté gustatif, peut-être que ça les fera réfléchir un peu plus !

M : Et ben, entre tes projets de musique, de cuisine, de création d’événements, et tout ce que tu fais à côté pour des assos, ça m’épate ! Comment tu arrives à gérer tout ça en même temps ?

A : J’ai toujours eu plein de projets en tête, tout le temps.

Même quand je travaillais, j’étais toujours partie faire un diplôme, partie rédiger un truc, enfin j’étais toujours à faire quinze mille choses à la fois !

Et donc là, avec John mon compagnon, on est en train de trouver une petite voie là où on voit qu’il y a des choses à faire.

Le but c’est que d’ici trois ans Helfy’s Prod soit rentable et que je puisse devenir salariée de l’association, parce que pour l’instant je n’ai pas de rentrée d’argent.

Donc l’idée ce serait vraiment de réussir à créer une vraie association de production d’événements qui fasse vraiment de la production.

M : Pour que tu puisses vivre de tes passions et des causes que tu défends ! Ce serait vraiment super ! : )

Pour finir, est-ce que tu aimerais transmettre un message aux personnes qui voudraient développer leurs propres projets militants ? Des conseils à donner ?

A : Alors, le conseil que je pourrais donner, quand on a envie de faire quelque chose comme ça, c’est déjà de croire en soi et d’être certain que ce qu’on fait c’est pour une bonne cause, parce que ça va forcément nous prendre du temps, nous prendre de l’énergie, il va forcément y avoir des choses compliquées à gérer qu’on n’a pas forcément envie de faire, il va falloir aller voir des gens, il va falloir demander de l’aide, c’est pas toujours simple.

Il faut aussi réussir à faire abstraction des « on dit » et de tous les gens qui essaieront de nous mettre des bâtons dans les roues, parce qu’il y en aura forcément.

Et surtout : quoi qu’on ait commencé il faut le finir. Il faut y arriver. Coûte que coûte. Il faut trouver un moyen d’y arriver. Il y aura toujours une solution. Même si on a vu trop grand au départ et qu’on est obligé de réduire ses prétentions, il y aura toujours une solution.

Si vraiment on est motivé, c’est quelque chose qui se fera.

Je pense que quand on est végane, on est motivé, parce qu’on sait toute la souffrance animale qui existe, et tout ce qui est à changer.

Et ça, c’est une motivation qui permet de réaliser tous les projets qu’on a envie de réaliser.

Pour moi, le Vegan’ Heart c’est déjà un gros projet, mais c’est pas encore suffisant. Il va falloir que je trouve encore autre chose, pour toujours toucher plus de monde.

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By | 2017-01-25T21:31:44+00:00 21 août 2016|tous, vie végane|1 Comment

One Comment

  1. Théo 21/08/2016 at 23:50 - Reply

    Très belle interview, pleine de motivation et d’espoir ! Merci 🙂

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