6 raisons de sortir les poissons rouges de leur bocal (et quelques astuces pour y parvenir)

Intuitivement, vous savez qu’il y a quelque chose d’anormal à mettre un poisson dans un bocal si minuscule qu’il peut tout juste tourner en rond.

Pourtant, quand vous êtes chez votre tata Jeanette qui se targue de si bien s’occuper de son poisson rouge Prosper vivant dans son bocal de 15L, « le dernier j’ai réussi à le faire vivre 3 ans, tu te rends compte ! », tout d’un coup vous vous sentez mal, vous êtes gêné mais ne savez pas trop quoi répondre, mais enfin : qui oserait critiquer tata Jeanette qui s’occupe troooop bieeen de son poisson adoré ? Alors vous ne dites rien, et vous repartez frustré de n’avoir rien pu faire pour ce pauvre poisson qui tourne inlassablement en rond, auquel vous repenserez peut-être ce soir, le cœur un peu lourd.

Alors pour qu’on cesse de se sentir démunis devant nos tatas Jeanette respectives (je vous assure, elles sont nombreuses ! et je suis la première à faire profil bas…), j’ai voulu réunir ici tous les arguments (avec les sources à la fin de l’article) vous permettant de vous assurer que non, un poisson rouge n’est pas bien dans un bocal en verre, et que oui, leurs conditions de vie peuvent être améliorées de manière assez simple.

Ouvrez donc grand vos yeux, voici tout ce qu’il faut savoir sur le poisson rouge :

Qui sont les poissons rouges ?

photo poissons rouges bassin

Les poissons rouges (comme d’ailleurs tous les poissons) sont des êtres sensibles, au même titre que nos amis à 4 pattes qui réclament caresses et papouilles. Ils vivent, ressentent, rencontrent, éprouvent, apprennent, grandissent, découvrent,…

En effet, les recherches récentes en éthologie (notamment de ces 15 dernières années), montrent qu’il n’y a plus lieu de faire une distinction nette entre les poissons et les animaux à sang chaud.

Comme les mammifères terrestres, les poissons peuvent ressentir la douleur et éprouver diverses émotions. Il s sont également capables d’apprentissages,  grâce à une mémoire à long terme.

Ils se reconnaissent individuellement et créent des liens par affinités. Un groupe d’éthologues a même pu cartographier les réseaux sociaux au sein d’un banc de poissons ! Incroyable, non?

Lorsqu’il a la possibilité d’exprimer librement son comportement, le poisson rouge nage et communique donc avec d’autres poissons rouges.

Ensemble, ils passent une grande partie de leur temps à brouter des algues et autres plantes aquatiques, et quand ils ne mangent pas, ils cherchent à manger ! ^^

Et comme les poissons rouges sont plutôt des proies que des prédateurs, ils tâchent également de se tenir à l’abri, à l’ombre de rochers ou de plantes où ils se sentent plus en sécurité.

Alors réfléchissez, le poisson rouge peut-il faire ne serait-ce qu’une seule de ces activités lorsqu’il est placé dans une boule en verre ?

Pas la moindre. Voilà la triste réponse.

Autre déconvenue : avez-vous une idée de sa longévité ?

Le poisson rouge vit en moyenne entre 10 et 15 ans, mais s’il est placé dans de bonnes conditions il vit plutôt jusqu’aux alentours de 20-25 ans, et certains peuvent même atteindre l’âge de 40 ans !

Il mesure alors à l’âge adulte une trentaine de centimètres, et jusqu’à une cinquantaine pour les plus gros.

Vous voyez donc qu’on est bien loin du stéréotype du poisson rouge de 2cm de long tournant en rond dans son bocal, vivant généralement quelques mois, au mieux un ou deux ans (3 pour celui de tata Jeanette)…

En réalité, bien qu’il ait été domestiqué en Chine il y a plus de 1000 ans, le poisson rouge n’a rien perdu de son comportement et de ses besoins naturels.

Et c’est bien pour ça que la trop célèbre boule en verre leur est parfaitement inadaptée.

Voyez plutôt :

6 raisons pour lesquelles le bocal est inadapté :

poisson bouche ouverte

1. Parce que sa petite taille empêche une croissance normale du poisson

On entend souvent (et notamment de la part de ceux qui tentent de justifier la petite taille des bocaux), que les poissons s’adaptent à la taille de leur milieu de vie : s’ils vivent dans un petit aquarium, ils resteront petits ; s’ils sont placés dans un bassin, ils grandiront bien davantage.

C’est tout à fait vrai.

Mais ce qu’on entend moins, c’est que cela se fait au prix d’une grande souffrance pour les poissons, et d’une réduction considérable de leur espérance de vie.

En effet, l’impossibilité de poursuivre une croissance normale entraîne des malformations de certains organes.

C’est en particulier le cas de la vessie natatoire (un organe très utile permettant au poisson de flotter entre deux eaux). Celle-ci, continuant de grandir alors même que le squelette a stoppé sa croissance, se déplacera à l’intérieur de l’organisme et aura tendance à faire flotter le poisson bien plus que nécessaire.

Le poisson aura alors du mal à s’alimenter. Il sera également très fatigué car, constamment attiré à la surface,  il devra mobiliser une énergie importante pour rester dans l’eau.

Faim et fatigue le conduiront finalement à la mort. C’est en effet une des causes de décès les plus courantes du poisson rouge en bocal, qui n’y survit en moyenne pas plus de 3 mois.

Ça ne vous rappelle rien ? Ces pauvres Chinoises de certaines régions, à qui il n’y a pas si longtemps encore, on bandait les pieds pour stopper leur croissance…

2. Parce que son faible litrage conduit à un équilibre précaire du milieu

Il s’agit d’un phénomène physique très simple à comprendre : plus le volume est petit, plus les variations de température sont importantes, ce qui nuit à la santé du poisson.

Certes, le poisson rouge y résiste un peu plus longtemps que d’autres espèces (c’est d’ailleurs pour ça qu’on le conseille aux « débutants »), mais ça ne lui est pas moins pénible.

Par ailleurs, la moindre pollution extérieure (nicotine, pulvérisations de produit etc…) peut avoir des conséquences dramatiques dans un volume aussi réduit, car elle s’y retrouve très vite en concentration importante.

C’est également le cas des pollutions internes (déchets des poissons, nourriture), qui s’accumulent si vite qu’elles sont tout aussi néfastes.

Qui plus est, et beaucoup plus grave encore, la faible surface de l’eau limite les échanges gazeux entre l’air et l’eau, restreignant alors l‘oxygène disponible dont le poisson rouge a pourtant grandement besoin…

3. Parce que le changement intégral de l’eau est source de stress

Contrairement aux vrais aquariums où l’eau n’est changée que partiellement (car ils disposent d’un système de pompe à filtration), l’eau de la boule en verre doit être changée intégralement chaque semaine.

Le problème ?

D’une part, on stresse le poisson car ça implique de le sortir fréquemment de l’aquarium.

D’autre part, on le place chaque fois dans une eau « neuve » aux paramètres physico-chimiques différents. Ces variations fréquentes et brutales de température et de composition de l’eau nuit à la santé du poisson, et réduit là encore son espérance de vie.

4. Parce que sa rondeur met le poisson dans uns situation vulnérable

Comme cela a été dit plus haut, le poisson rouge est plutôt une proie qu’un prédateur, il lui est donc extrêmement stressant d’être vu de tous les côtés.

La boule en verre est donc à proscrire du fait de sa rondeur même, qui n’offre au poisson aucune solution de repli.

5. Parce qu’il ne permet de mettre qu’un seul poisson… qui donc s’ennuie !

Le poisson rouge est un animal social qui a besoin de vivre en groupe de quatre ou cinq individus au minimum. Or il est souvent mis seul dans ce genre d’aquarium (du fait de sa dimension). Il peut alors devenir dépressif, ce qui ne fait qu’augmenter son risque de mortalité.

Cela dit, ne soyez pas tenté de rajouter un deuxième poisson dans un bocal. Si l’espace est déjà insuffisant pour un seul poisson, qu’en sera-t-il pour deux ?? Cela multiplierait la pollution par deux, et le taux de mortalité avec ! La seule solution est de supprimer le bocal et de mettre les poissons dans un volume beaucoup plus grand, j’y reviendrai plus bas.

6. Parce qu’on ne peut pas y installer de plantes, pourtant indispensables au poisson

Les plantes aquatiques sont indispensables au poisson rouge pour au moins deux raisons : pour son alimentation, et pour s’y abriter. Je dirais même qu’il y a une troisième raison, celle de l’occuper et de lutter contre l’ennui. Or la boule en verre ne permet pas d’installer un substrat pour en faire pousser.

Alors, convaincus ?

> D’ailleurs, saviez-vous que le consensus est tellement grand sur l’inadaptation de ce fameux bocal que plusieurs pays européens l’ont d’ores et déjà interdit à la vente dans les animaleries ? 3 à ce jour : l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas.

 

Mais alors, comment agir pour améliorer les conditions de vie du poisson rouge, sans risquer de se faire foutre dehors par tata Jeanette à coups de « ah, mais toi et tes idées extrémistes à la fin ! »

2 options s’offrent à vous :

You can do it!

Solution 1 : le bassin

Cette solution est de loin la plus appropriée pour le poisson, si tant est que vous choisissiez un bassin adapté, dans lequel il sera en compagnie d’autres poissons. C’est également la plus simple.

Le poisson pourra ainsi exprimer son comportement naturel sans contrainte : nager, brouter, se cacher, etc.

Pour ne pas vous mentir, cette solution sera assez difficile à mettre en oeuvre avec une tata Jeanette qui ne se séparera pas de son poissoonnn aussi facilement (c’est d’ailleurs pour ça qu’il y a une solution 2^^, cf. plus bas).

En revanche, si vous avez affaire aux voisins Truc-Muche qui aimeraient bien s’en débarrasser parce qu’ils ont la flemme de nettoyer le bocal (leur petit dernier a gagné le poisson à la fête foraine…), et que les algues vertes qui se déposent sur les parois, ça fait tout de suite moins joli, cette solution est tout à fait envisageable. Ils seront même sûrement ravis, et vous pourrez leur proposer de récupérer le bocal pour faire une jolie composition florale.

poissons rouges en bassin

Comment vous y prendre ?

Sachez qu’il est interdit en France de relâcher un poisson rouge dans la nature, car il est classé dès lors comme espèce nuisible.

Vous devrez donc trouver un bassin chez un particulier (ou un bassin public spécialement prévu à cet effet), de préférence où il y a déjà des poissons.

Le bassin devra être oxygéné (pompe, cascade…), comporter de nombreuses plantes, et un bon espace de nage pour les poissons (100L par poisson rouge grand minimum).

Si vous ne trouvez pas de bassin adapté près de chez vous, sachez que vous pouvez faire appel à l’Association Française du Poisson Rouge (AFPR), qui vous aidera à en trouver un (ou à défaut un aquarium de grande taille). Vous devez pour cela poster une annonce dans le forum de l’association : ici.

Solution 2 : l’aquarium

Si vous sentez que tata Jeanette ne se séparera pas de son poissooonnn si facilement, la seconde solution est de lui offrir un aquarium plus adapté.

« Et, tata Jeanette, tu savais que les poissons rouges étaient à dominante herbivore ? – Ah bon ? Ben dis donc, tu en sais des choses ! – Oui, ils adorent brouter des plantes, et en plus ça leur permet de se cacher derrière, comme ça ils sont moins stressés, et vivent plus longtemps ! – Oùlà, mais comment on installe ça ? – T’inquiète pas tata, je pensais t’offrir un bel aquarium pour Noël, je m’occupe de tout, comme tu adores ton poisson rouge, je me suis dit que ça pourrait te faire plaisir. »

poissons rouges en aquarium

L’aquarium devra être de grande taille, avec au minimum 50L par poisson rouge, par exemple un aquarium de 250 L pour 4 ou 5 poissons (pensez aux aquariums d’occasion pour réduire le coût^^).

Une forme allongée est idéale pour offrir aux poissons un bon espace de nage. Et si l’une des faces est opaque, c’est mieux pour leur sentiment de sécurité.

Les plantes (en quantité, et à renouveler souvent, parce que les poissons risquent de beaucoup les manger) sont indispensables. En complément, et pour éviter que les plantes ne soient détruites trop rapidement, vous pourrez aussi donner aux poissons des feuilles de salade et d’épinard, et quelques algues.

La filtration devra être conséquente, car le poisson rouge, à dominante herbivore, fait beaucoup de déchets.

La température idéale est de 18°C, et le pH n’a aucune importance.

Il est également conseillé d’installer une lampe pour recréer les rythmes jour/nuit, mais de toute façon vous en aurez besoin pour les plantes.

Vous trouverez toutes les infos nécessaires sur le site de l’AFPR.

————————————————

Bon, on arrive au terme de cet article et… vous êtes déçus, c’est ça ?

Ben oui, c’est bien gentil, mais on n’ira pas loin en sauvant quelques poissons rouges un par un, sachant qu’ils continuent à être utilisés comme lots dans les fêtes foraines par milliers, et que les bocaux en verre à 10€ se vendent toujours comme des petits pains…

Voici donc dans cette dernière partie comment on peut agir pour avoir un plus grand impact.

 

Sacrés Veggies - non au bocal pétition

Agir pour les poissons rouges à plus grande échelle

La cause du poisson rouge est rarement évoquée dans les milieux défenseurs des animaux.

Pourtant, l’abolition du bocal en verre est proche et accessible, puisque 3 pays européens y sont déjà parvenus.

C’est pour cette raison que, aujourd’hui plus que jamais, il faut s’en préoccuper.

En 2011, le député PCF du Nord Jean-Jacques Candelier, puis le député UMP du Territoire de Belfort Michel Zumkeller, se sont positionnés contre l’usage du bocal en verre, notamment sous l’impulsion de la Fédération française d’aquariophilie (FFA).

Depuis, malgré quelques pétitions (je n’en ai pas trouvé de plus récente que 2014), la cause semble peu relayée en France, du moins peu médiatisée.

Alors, comment faire pour réactiver la lutte ?

Et bien figurez-vous que le poisson rouge possède d’ores et déjà une association de défense consacrée, et ce depuis 2004 ! Vous le saviez ?

Et oui, l’Association Française du Poisson Rouge, comme son nom ne l’indique pas à première vue^^,  se définit comme une « association militante » (lisez ici) œuvrant pour améliorer les conditions de vie desdits poissons.

Elle met en place différents outils pour :

  • faire appliquer la loi qui interdit d’ores et déjà l’usage des poissons rouges comme lots dans les fêtes foraines

Et oui, cette loi existe bel et bien (cf. législation ici), mais elle n’est pas appliquée le moins du monde… Pour y remédier, une série d’actions est proposée par l’association : contacter les maires des communes où se déroulent ces pratiques, les services de l’ordre, les directeurs d’écoles quand il s’agit de kermesses, etc. Et comme à l’AFPR, ils font pas les choses à moitié^^, ils nous ont concocté des modèles de lettres pour ces différentes situations (à télécharger ici). Donc n’hésitons pas à nous en servir !

  • demander l’interdiction de vendre des bocaux en verre en animaleries

L’AFPR lutte également contre l’utilisation du  bocal en sensibilisant les particuliers, les revendeurs et les médias. Elle met par exemple à disposition le tract « Non au bocal » à télécharger ici, et propose régulièrement des pétitions en ligne (comme celle-ci). Donc là encore, n’hésitons pas à en faire bon usage : ) N’hésitons pas non plus à en parler à nos élus à l’occasion, car c’est aussi comme ça que les choses avancent !

Parce qu’il est  grand temps de mettre au placard les fameuses « 3 secondes de mémoire » qu’on lui attribue trop souvent (archi-fausses mais néanmoins bien utiles pour tenter de justifier l’utilisation du bocal…), osons défendre la cause du poisson rouge qui est tout sauf ridicule, et soutenons l’AFPR dans ses actions !

Sitographie (vous pouvez cliquer sur les liens) :

Sur ce, j’espère que ce tout premier article du blog vous aura plu. N’hésitez pas à y apporter des compléments, ou à raconter vos histoires de poissons rouges ^^

Recevoir les derniers articles par mail
jamais plus de 2 ou 3 fois par mois ; )
By | 2017-01-25T21:40:27+00:00 1 juin 2016|animaux, tous|2 Comments

2 Comments

  1. Romain 01/06/2016 at 20:47 - Reply

    C’est bien qu’il y ait une possibilité d’offrir à ces poissons rouges, via une asso spécialisée, un cadre de vie plus adapté à leurs besoins : leurs intérêts comptent aussi !

  2. Aurélie 02/06/2016 at 13:31 - Reply

    Puissent tous les futurs articles être de la même qualité, et petit blog deviendra grand (comme les poissons quand on leur fout la paix) 🙂

Leave A Comment